Le 8 avril 2026, le gouvernement a publié le cinquième Programme national nutrition santé (PNNS 2026-2030). La plupart de ses mesures reposent sur des engagements volontaires, en particulier ceux des industriels et des distributeurs. Une seule mesure est contraignante, et elle concerne directement notre secteur : un arrêté devra encadrer la composition des repas dans les établissements de la petite enfance, et en particulier dans les crèches.

Pour les gestionnaires, les directions et les équipes des EAJE, c’est un changement important. Voici ce que l’on sait, ce qui reste à préciser et ce que vous pouvez faire dès aujourd’hui.

Un vide réglementaire qui dure depuis plus de dix ans

Depuis 2011, les cantines scolaires doivent respecter des règles nutritionnelles précises : fréquences de service des plats, grammages, variété des menus. Les crèches, elles, sont restées hors de ce cadre. Le texte qui devait fixer leurs propres exigences est attendu depuis 2012 et n’a jamais été publié.

Les structures s’appuient donc sur des recommandations non obligatoires : le guide du GEMRCN, les repères de Santé publique France sur la diversification et les protocoles élaborés avec la PMI. Résultat : les pratiques varient beaucoup d’une crèche à l’autre.

Pourtant, l’enjeu est considérable. Selon le Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), plus de 90 % des crèches fournissent les repas, et un jeune enfant accueilli y prend environ la moitié de ses repas de la semaine. Dans son rapport de novembre 2024, le HCFEA demandait justement que cet arrêté soit enfin adopté. Il recommandait aussi de mieux coordonner les contrôles de la PMI et de la DDPP, et de renforcer la formation des professionnels à la nutrition infantile.

Ce que l’arrêté pourrait contenir

Le texte n’est pas encore paru. D’après les premières analyses du PNNS, il pourrait fixer :

  • des portions adaptées à l’âge : des grammages différents pour les bébés, les moyens et les grands ;
  • des fréquences de service, en limitant notamment les aliments riches en sucre ou en sel ;
  • des qualités nutritionnelles minimales pour les repas et les goûters ;
  • des modalités de contrôle par les services sanitaires et sociaux.

Plusieurs points restent ouverts : quels établissements seront concernés (crèches collectives, micro-crèches, crèches familiales ?), quand le texte entrera en vigueur, quelles dérogations seront possibles et comment se feront les contrôles. Restons prudents tant que le texte n’est pas publié. Mais la direction est claire : l’alimentation en crèche va passer de la bonne pratique à l’obligation réglementaire.

Pourquoi c’est une bonne nouvelle

On peut craindre une contrainte de plus. Pourtant, un cadre commun présente de vrais avantages :

  • pour les enfants, une garantie de qualité nutritionnelle, quelle que soit la structure ;
  • pour les équipes, des repères clairs et opposables, plutôt que des arbitrages au cas par cas ;
  • pour les gestionnaires, un argument de qualité à valoriser auprès des familles, et une base solide pour négocier avec les prestataires de repas ;
  • pour les familles, une meilleure lisibilité de ce que mange leur enfant.

5 actions pour anticiper dès maintenant

1. Faire un état des lieux de vos menus. Reprenez vos menus sur 4 à 6 semaines. Regardez la fréquence des produits sucrés, des produits frits et des plats industriels, ainsi que la variété des légumes, des légumineuses et des protéines. Cette analyse vous servira de point de départ.

2. Vérifier les grammages par tranche d’âge. Beaucoup de structures servent des portions identiques à tous les enfants, ou mal ajustées. Appuyez-vous sur les repères du GEMRCN pour la petite enfance : ils préfigurent probablement le futur texte.

3. Interroger votre prestataire. Si vous êtes en liaison chaude ou froide, demandez-lui comment il se prépare au futur arrêté. Prévoyez une clause d’adaptation réglementaire dans votre prochain contrat.

4. Revoir les goûters. C’est souvent le point faible : biscuits industriels, compotes sucrées, jus de fruits. Or c’est le repas le plus facile à améliorer, souvent sans surcoût.

5. Former les équipes. Nutrition infantile, diversification, allergies, hygiène (PMS et HACCP) : une équipe formée applique les nouvelles règles plus facilement et sait les expliquer aux familles.

En résumé

Le PNNS 2026-2030 ouvre un nouveau chapitre pour la restauration en crèche. En attendant la publication de l’arrêté, les structures qui s’y préparent dès maintenant avanceront sereinement, sans avoir à tout reprendre dans l’urgence. Elles pourront aussi montrer aux familles et aux partenaires leur engagement pour la qualité de l’accueil.

Nous suivrons de près la publication de l’arrêté et vous en présenterons le contenu dans un prochain article.

Sources : Commons Media, PNNS 2026-2030 · ILEC, PNNS 5 · HCFEA, la restauration des moins de 3 ans